Un parfum qui sent l'hiver

Matière · 19 juillet 2026 · 3 min

Un parfum qui sent l'hiver

Notes de cire froide, de bois ancien et de pierre.

Le flacon est froid. Presque sévère. Un cube de verre lourd, sans nom ou presque, juste quelques lettres gravées dans la masse. Le bouchon en métal plein se dévisse avec une résistance sourde. Je ne le porte pas tous les jours. C'est un parfum pour les matins où le ciel pèse sur les toits, quand la lumière blanche du dehors rend le parquet presque gris.

Sur la peau, il n'a rien d'aimable. Pas de sucre, pas de fleur. La première note qui se dégage est celle de la cire d'abeille. Pas la cire chaude et miellée d'une bougie qui brûle, mais la cire froide, en bloc, celle qui sert à polir les meubles. Une odeur propre, austère, qui me rappelle le bruit des patins de feutre que bunica nous faisait enfiler pour ne pas rayer le bois de sa maison. Je revois ses mains, le geste lent et circulaire du chiffon sur le bois sombre, un silence seulement rompu par ce frottement et le crissement de nos chaussons sur le sol.

Il y a du bois, justement. Un bois ancien, qui a vécu plusieurs hivers. Un bois qui a senti le gel et la fumée. Il n'a pas la chaleur résineuse du pin. C'est une odeur de poutre ou de vieille armoire, une odeur qui craque doucement dans le silence. C'est l'odeur d'une maison qui respire le froid, où l'air extérieur s'infiltre par les jointures des fenêtres. Je ferme les yeux et je pourrais presque sentir ce courant d'air sous la porte d'entrée, là-bas. Volodia vient se frotter contre ma cheville, un grondement sourd dans la gorge, et l'illusion se brise.

Plus tard, une autre note apparaît, plus discrète. Quelque chose de minéral, presque poussiéreux. La pierre d'une église en hiver, l'encens qui a imprégné les murs il y a des jours. Le froid de la pierre remontait par les semelles de nos chaussures. Il fallait rester immobile, les mains gantées et jointes, à regarder les volutes de fumée monter vers des plafonds trop hauts. C'est une odeur qui ne cherche pas à plaire, mais à être.

Le parfumeur qui a composé cela est connu pour ses silences. Il paraît qu'il a voulu recréer l'odeur d'un monastère orthodoxe après la neige. C'est possible. Mais pour moi, c'est autre chose. C'est un souvenir pour quelqu'un qui n'a pas les miens. Une géographie intime et faussée, comme un mot traduit à peu près. Un mensonge qui dit une forme de vérité.

Je le porte sur le col de mes manteaux. L'odeur se fixe dans la laine sombre et ne bouge plus. Dehors, dans le bruit des taxis et des conversations qui se perdent, elle reste. Elle ne me tient pas chaud. Ce n'est pas un parfum qui console. Il constate. Il dessine un périmètre invisible, un petit territoire de silence que je suis seule à percevoir.

Le flacon est là, sur le rebord de la cheminée. Froid, comme au premier contact. Ce n'est pas un parfum qui console ou qui réchauffe. Il ne remplace rien. Il nomme simplement une distance, un mot qui n'existe qu'ici : dor. Alors je le respire, et je sais que le retour n'a pas encore eu lieu.

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