Lieu · 13 avril 2026 · 2 min

Un dimanche au Square Récamier

Il y a un petit square à Paris, dans le 7ᵉ, qu'on trouve si on cherche mal. C'est entre la rue de Grenelle et la rue de Sèvres, derrière une grille noire, sous le signe discret d'un ancien pavillon. Square Récamier. Le genre d'endroit dont on hérite en s'y asseyant.

Je ne dirai pas qui me l'a montré. C'était il y a longtemps.

J'y vais le dimanche matin, quand je n'arrive pas à rester chez moi. C'est rare qu'il y ait plus de trois personnes. Une vieille dame avec un chien minuscule. Un homme qui lit un journal en papier, comme si on était en 1987. Parfois un enfant qui court sans bruit, ce qui est étrange chez un enfant.

Les arbres sont vieux. Les bancs aussi. Il y a une fontaine qui ne fonctionne plus, dans laquelle il s'accumule des feuilles en novembre et de l'eau oubliée le reste du temps. Il y a un filet d'ombre sur le muret de pierre où je pose toujours mon carnet.

J'écris peu quand j'y suis. Je regarde. Parfois je lis une page, parfois deux. Souvent je ferme le livre après trois paragraphes parce que le silence du lieu est plus intéressant que ce que je tiens dans les mains.

Il y a une chose bizarre, à propos de ce square : personne n'en parle. Aucun guide ne le mentionne. Aucun compte Instagram ne l'a "découvert". J'y suis retournée il y a deux semaines et il n'avait pas changé depuis ma première visite, à vingt ans. Je suis superstitieuse : j'ai peur d'en écrire plus que ces quelques lignes. J'ai peur que l'écrire suffise à le faire changer.

Donc je n'en écris pas plus.

Si vous y allez, allez-y sans téléphone. N'y allez pas en groupe. Ne racontez pas à la personne que vous y avez emmenée comment s'appelle exactement l'endroit, pendant que vous y êtes. Dites : un petit square. Asseyez-vous. Attendez que quelque chose vous arrive — ou pas.

Le plus souvent, rien n'arrive. C'est précisément pour ça qu'on y va.

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