Cinq heures

Carnet · 19 juillet 2026 · 2 min

Cinq heures

Notes sur les heures immobiles

Le réveil n'a pas sonné. Il ne sonne jamais. Cinq heures de sommeil, c'est une vieille habitude, un contrat signé il y a longtemps. Le compte est bon, le corps le sait. Il n'y a rien à discuter.

Le parquet est froid sous mes pieds nus. C'est le premier contact. Volodia dort, enroulé sur le velours du fauteuil, indifférent à tout ce qui n'est pas lui. L'appartement est immobile, suspendu dans une lumière que la ville prête à contrecœur.

Par la fenêtre, la rue est vide. Le halo orange d'un réverbère découpe une flaque d'eau sur le trottoir. Un taxi passe, une traînée de lumière rouge qui s'efface au coin de la rue. Personne n'en est descendu. Ce sont des heures où les voitures ne font que passer, elles ne s'arrêtent pour personne.

Je me fais un thé. Pas pour me réchauffer, pas pour me réveiller. Juste pour tenir une tasse chaude entre mes mains. La vapeur dessine un nuage sur la vitre froide et, pendant un instant, le monde extérieur disparaît. Il ne reste que la chaleur de la porcelaine et le parfum des herbes séchées, une odeur de foin coupé qui vient de loin.

Le radiateur en fonte claque une fois, un bruit sec qui ponctue le silence. Mila sort de l'ombre, sans un bruit, et vient se frotter contre ma cheville. Sa fourrure est une petite tache d'encre vivante dans la pénombre. Elle ne miaule pas. Elle sait que la nuit n'est pas faite pour les grands bruits.

En face, quelques fenêtres sont allumées. Des vies minuscules derrière des rideaux tirés. On s'imagine des histoires. Un étudiant qui travaille, un couple qui se dispute à voix basse. Ou juste quelqu'un d'autre qui ne dort pas, et qui regarde peut-être ma propre fenêtre en se posant les mêmes questions.

Le ciel n'est plus tout à fait noir. Une lueur grise à l'est, au-dessus des toits. Le premier camion de livraison grince au loin, le son métallique d'une journée qui se prépare. La nuit se retire sur la pointe des pieds.

Je n'ai pas sommeil.

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